Début février, cinq journalistes de radio publiques francophones vont s’isoler dans le Périgord. Ils seront coupés de toute source d’information dite « traditionnelle », à savoir la radio, la télévision, la presse écrite, les agences de presse. Leurs seules possibilités de rester en contact avec l’actualité seront Twitter et Facebook.
J’ai suivi une discussion à ce propos ce soir sur Twitter qui n’a fait qu’augmenter ma grande surprise (on va dire ça comme ça).
Tout d’abord, je ne pense pas que constituer une « équipe » composée essentiellement de journalistes soit viable. Il faudrait au moins inclure un expert des médias sociaux, un scientifique et un internaute lambda. @samirsemaoune propose sur Twitter « 1 scientifique, 1 blogger (geek), 1 journaliste, 1 social marketer, et 1 personne lambda, pour comparer les comportements et voir au final qui fait quoi, comment ». C’est justement ce qui aurait donné tout son poids à cette expérience. On peut imaginer aussi avoir des personnes « lambdas » impliquées à divers degrés dans les réseaux sociaux. Pour reprendre l’exemple de Twitter, prendre quelqu’un « peu suivi », « normalement suivi » et « très suivi » pour voir si le degré d’information change selon son nombre de contacts.
On connaît déjà tous les conclusions qui seront tirées si l’équipe n’est constituée que de journalistes, qui semblent (au moins pour l’un d’entre eux) avoir leur avis déjà tout fait sur la question. Au passage, une partie de cet article est vraiment surprenante. En quoi les informations provenant des réseaux sociaux doivent-elles être plus vérifiées que des sources « classiques » ? Messieurs et Mesdames les journalistes, votre devoir n’est-il justement pas de vérifier chacune des informations auxquelles vous avez accès avant de publier quoi que ce soit ?
Revenons à nos moutons. Cette expérience au départ est assez intéressante et je suis assez curieuse d’en voir les conclusions. Seulement pas comme elle a été prévue. Si la conclusion est de nous dire que l’on ne peut pas être bien informés en utilisant seulement les réseaux sociaux, pas la peine de faire l’expérience, on le sait déjà. Tout le monde multiplie les sources d’information pour ne pas dire que nous sommes bien souvent « branchés » sur plusieurs médias en même temps. Combien de personnes twittent-elles ce qu’elles entendent à la radio ou regardent à la télévision à l’instant même ? N’est-ce pas là déjà la preuve que les réseaux sociaux et internet ne sont qu’un canal d’information parmi d’autres ?!
Un autre point : l’idée de départ selon laquelle les journalistes, pendant leur expérience, ne cliqueraient sur aucun lien est complètement absurde ! N’est ce pas là aussi une des qualités du web de nous amener d’articles en articles, pour approfondir les informations, recouper nos sources ? Il est aberrant de penser que les gens ne cliquent sur aucun lien ! Sur les réseaux sociaux, les gens vont visiter les liens qui les intéressent. Sur Twitter, la majorité des messages contiennent des liens vers des textes, vidéos, images ou sons. Comment faire autrement d’ailleurs avec un outil qui ne permet d’exprimer une idée qu’en 140 caractères ?!
Plus généralement, et personnellement, j’en ai plus qu’assez qu’on prenne Internet pour cible à chaque fois. Certes il arrive que des mauvaises informations circulent mais n’est-ce pas aussi le cas des médias « traditionnels » ?
Le fond du problème est que les journalistes ne détiennent plus l’exclusivité pour annoncer les nouvelles (bonnes ou mauvaises). J’ai notamment en tête l’annonce de l’accident sur l’Hudson River, révélé sur Twitter. Oui j’ai appris que Mickaël Jackson était décédé sur Twitter, tout comme Philippe Seguin plus récemment. J’ai appris cette dernière nouvelle à mon père qui avait lu la presse locale mais évidemment l’information ne pouvait pas y figurer vu l’heure des faits. Il n’avait pas regardé la télévision ou écouté la radio pendant la matinée. Sa réaction a été « ah cet Internet, on sait tout maintenant avec Internet ». Oui et non. Ma seule source d’information n’est pas Internet et je ne m’informe pas que sur Twitter et Facebook. Je regarde les informations à la télévision (j’ai arrêté TF1 et France 2) mais je m’informe sur Canal+, BFM TV, iTélé, parfois France 3 et de temps en temps Public Sénat. Très peu à la radio je l’avoue. Et sur le web, je lis divers supports : le Monde, Le Figaro, Libé, etc. Bref, je diversifie mes sources. Twitter fait également partie de mes sources d’informations. Pour l’actualité en général mais surtout pour mon domaine professionnel, à savoir la communication et le web.
Le web a révélé tout un tas de scandales bien cachés par les « encartés ». Combien de personnes ne regardent plus les journaux télévisés à force de cette mésinformation, réelle ou supposée, et de cette complaisance entre journalistes et politiques ? Je ne parlerai pas du JT de 13h de TF1 qui est un cas à part. Je ne veux pas faire de généralités et je sais que certains journalistes font très bien leur métier, tout comme certaines personnes diffusant des informations sur le web le font très mal. Mais simplement, j’en ai marre, vraiment, de voir toutes ces critiques sur le web. Non il n’y a pas que des mauvaises informations sur le web, Internet n’est pas le mal incarné et il n’y a pas que des pédophiles sur le web !
C’est au contraire un formidable outil, qui permet de disposer de milliers de sources différentes, de s’exprimer, de mettre des personnes en contact, de créer des projets, de faire avancer aussi un peu le schmilblick !
Cet avis n’engage que moi. Je ne suis ni journaliste ni experte en médias sociaux. Juste une passionnée des NTIC et du web qui aimerait voir ceux qui l’informent et la dirigent un peu plus au fait de ce qui se passe sur la toile…
Edit : un peu plus de précisions sur cette « expérience »






{ 3 comments… read them below or add one }
Je viens de lire ton tweet, où tu t’étonnais du manque de réaction à ce billet « coup de gueule ». Et bien figures-toi que je n’ai rien à ajouter (je le fais là à cause de ton étonnement) !
Tu dis des choses justes, bien observées, tu soulèves des questions intéressantes, mais je les ressens plus comme une invitation à ce que nous nous les posions avec toi que comme une demande de réponse.
Ton billet se situe tout à fait dans le cadre de cette observation de Nicolas, dans son billet « Pas de commentaires » : « il est très difficile de commenter un « bon billet » » !
http://jegweb.blogspot.com/2010/01/pas-de-commentaire.html
A voir aussi, les derniers billets sur le sujet par Achille52 / @Sameganegie : http://jegweb.blogspot.com/2010/01/pas-de-commentaire.html
Je te remercie beaucoup !! J’ai longuement hésité avant de publier cet article, j’ai eu peur des réactions, d’être complètement à côté, je ne sais pas… Du coup je m’attendais à recevoir des dizaines de critiques (enfin remarque, ça peut venir demain :p)
Merci encore
Merci pour la citation. J’en ai discuter un peu après avec un ami et finalement j’ai eu aussi cette réflexion. Si ce sont des journalistes déjà présent sur twitter, ils auront un compte très actifs. Et finalement, ça serait un comble que des journalistes ne puissent pas trouver de l’information « fiable », et pertinente même en se limitant uniquement au réseau sociaux.. c’est leur job, non ?